Je me fixe un impératif, celui d’aider quelqu’un de mon équipe à devenir meilleur

Moulaye Tabouré

CO-FONDATEUR & PRÉSIDENT DE AFRIKERA

 

Je me fixe un impératif, celui d’aider quelqu’un de mon équipe à devenir meilleur.

 

A 35 ans, il compte parmi les acteurs les plus prometteurs du continent africain. Moulaya Tabouré est le co-fondateur et président d’Afrikera, une plateforme spécialisée dans la vente en ligne de produits africains. Avec plus de 10 tonnes de marchandises vendus par mois dans plus de 100 pays, il se positionne comme l’un des plus grands leaders sur le marché de l’e-commerce. Un pari réussi pour ce jeune malien qui a choisi de quitter la France pour développer son business depuis la Côte d’Ivoire, où il s’est installé.

 

Comment avez-vous lancé votre business ?

C’est un ami qui m’a inspiré l’idée. Sa mère faisait des bijoux au Sénégal et en Mauritanie qu’elle voulait vendre en ligne. Elle lui avait demandé de faire un site web, et quand ses amies qui fabriquaient aussi des accessoires ont su que son fils lui avait conçu un site, elles ont voulu avoir le leur. Quand j’ai vu ce besoin-là, j’étais à ce moment-là auditeur interne chez Alstom et lors de mes nombreux voyages j’avais remarqué deux choses constantes, et ce peu importe le pays où j’allais, premièrement il y avait toujours des musées d’art africain et deuxièmement les gens trouvaient toujours très beaux les bijoux en cuir que je portais. Ces bijoux venaient du Mali, mon pays d’origine. Or au Mali, les artisans avaient beaucoup de mal à vendre leurs produits car il y avait de moins en moins de touristes à cause de la situation sécuritaire.

C’est ce constat appuyé par le fait d’avoir vu que la société Etsy (société américaine de vente en ligne, fondée en 2005, spécialisée dans les créations artisanales, le fait-main, et le vintage) faisait déjà 2 milliards de transactions par an. Ça m’avait choqué de me rendre compte que quelque chose d’aussi réduit, en tout cas dans l’esprit, faisait autant de volumes. Tandis que nous qui avons une diaspora aux 4 coins du monde n’arrivions pas à le faire…

 

A quels défis avez-vous été confrontés ?

Pouf… plein… Le premier a été d’avoir la bonne équipe, de trouver les bonnes personnes capables de délivrer, notamment avoir une personne capable de développer la plateforme. Ensuite, ça été de distinguer entre ce que nos clients, très différents, voulaient et ce dont ils avaient vraiment besoin.

 

Comment avez-vous réussi à lever 6,2 millions de dollars ?

C’est une combinaison de beaucoup de choses… Déjà il faut avoir des chiffres et de l’attraction. Avant de lever ces fonds, l’année d’avant nous avions multiplié par 5 notre chiffre d’affaires et par 10 notre volume d’activité. Déjà si on n’a pas ça, cette croissance, ce n’est pas la peine. Une fois qu’on a ça, il faut beaucoup de persévérance et de vision de long terme. J’ai passé le plus clair de mon temps à chercher ces investisseurs sur les cinq continents. On a ces personnes spécialisées du e-commerce comme le co-fondateur d’Alibaba Group, le plus gros actionnaire d’Asos d’origine danoise, des fonds autant africains qu’américains. En fait, c’est de bien de connaître l’écosystème des investisseurs, et de trouver les gens qui ont les convictions alignées avec ce qu’on veut faire.

Je pense que les gens se méprennent souvent, tu ne cherches pas l’opinion d’un investisseur. Tu ne le convaincs pas d’investir, en réalité il cherche des projets qui correspondent à ce que tu fais et à ce moment -là il y a une alchimie qui se produit.

J’aime bien dire que si tu n’es pas le type de la personne, tu ne vas pas la convaincre de s’intéresser à toi. Il faut être très précis, qu’est-ce que j’apporte, qu’est-ce que j’accomplis et quels sont les types d’investisseurs qui recherchent ça ? C’est une méthode, un déroulé, mais pour organiser une levée de fonds, c’est huit à neuf rendez-vous d’une heure par jour.

By audrey

23 juin 2023

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